jeudi 7 juin 2018

30°C et toujours en pantalon



Alors que l'été approche et que la plupart des filles sont ravies de pouvoir ressortir leurs belles robes fleuries, moi je reste toujours un peu réfractaire au fait de me découvrir. 

C'est pas tellement les robes le problème, car j'en porte beaucoup en hiver, mais avec des collants. Je fais donc partie de ces femmes traumatisées des agressions dans les transports en commun et qui ont donc dû apprendre à adapter leurs tenues pour essayer de se protéger un minimum (je vous ai d'ailleurs relaté mon expérience ici). Avec un collant donc, ça passe, c'est toujours une barrière entre ma peau et le monde extérieur, c'est comme un filet de protection qui calme les ardeurs de certains (avec plus ou moins de réussite). Mais sans collants, c'est plus pareil : il n'y a plus rien qui protège. Alors je réfléchis à l'heure à laquelle je dois rentrer pour éviter les potentielles mises en danger et je me rabats sur des pantalons légers lorsque j'ai le sentiment que je n'aurai pas la force de passer au-dessus des potentiels regards déplacés. 


Cette petite confession qui parait si "anodine" de nos jours, cache pourtant une vérité un peu plus sombre : je ne me sens pas en sécurité dehors. Même si on pense s'éloigner du traditionnel monde privé comme étant le Royaume des femmes quand les hommes s'approprient l'espace public, on observe cependant que ces deux univers restent marqués par cette séparation quasi ancestrale. Je me suis intéressée à ces concepts après avoir lu plusieurs ouvrages féministes et c'est assez fascinant (mais surtout alarmant !) de voir à quel point cette dichotomie reste malheureusement visible. 

  • Le harcèlement de rue
De plus en plus présent dans les débats publics, on se souvient notamment de cette fameuse vidéo de cette femme qui tente de se déplacer tranquillement dans les rues de New York mais qui se fait harceler tous les 5 mètres ou encore de ce compte Instagram Dear Catcallers tenue par une femme qui postait des photos d'elle avec les hommes qui l'avaient harcelée dans la rue.
Si j'imagine que nous sommes toutes faces à des comportements similaires, les voir matérialisées de la sorte nous fait prendre conscience de la gravité de la situation. Lorsque l'on ne peut plus marcher dans la rue sans de faire importuner et insulter, on a bien la preuve qu'il ne s'agit plus de simples "compliments". 

  • Le manspreading
Ou comment les hommes arrivent à prendre de la place dans n'importe quelle situation. Le manspreading a été mis en lumière pour dénoncer les hommes qui ne pouvaient pas s'asseoir sans écarter les jambes de manière très outrancière, prenant ainsi toute la place dans les transports en commun. Je suis quotidiennement exposée à ce problème, prenant le RER et le métro tous les jours. Cela peut paraître anodin à nouveau, mais il s'agit bien d'une marque de l'éducation genrée : on apprendra à une petite fille à s'asseoir correctement et à croiser/serrer ses jambes, tandis qu'on ne dira rien aux petits garçons (dont le Graal qu'ils ont entre les jambes mérite bien sa demie place en plus sur les strapontins) (j'avais envie d'écrire une blague beaucoup plus trash, mais on n'est pas encore assez intimes, donc je la réserve pour plus tard). Bref, dans les transports en commun : les hommes prennent de la place et les femmes doivent se faire petites.

  • Le cas du sac à main 
...Que j'ai découvert plus particulièrement dans Libérées, Le combat féministe se gagne devant le panier de linge sale de Titiou Lecoq (oui, toujours) puisqu'elle y consacre un petit chapitre (je rappelle qu'il est publié chez Fayard et je ne peux que vous recommander de l'acheter). 
Dans ce chapitre, Titiou Lecoq pose une question simple : pourquoi toutes les femmes sortent-elles avec un sac à main lorsque ce n'est le cas que d'une infime partie des hommes ?
Elle explique cela comme étant à nouveau un signe du fait que les femmes sont des étrangères dans le monde extérieur. Alors, on se prépare comme à la guerre et on prévoit d'amener des morceaux de nos maisons juste "au cas où" et pour se rassurer : un parapluie au cas où il pleuve, un petit gilet si le temps se couvre, des mouchoirs alors que l'on n'est pas malade et la cerise sur le gâteau pour ma mère : un mini kit de couture, juste au cas où, parce qu'on n'est jamais à l'abri que tous les boutons de son chemisier tombent tous en même temps (véridique, elle a vraiment ça dans son sac à main).
Bref, on emporte tout ce qu'on peut, on porte souvent un sac énorme qui nous ajoute un énième poids en plus sur les épaules (comme si le poids du monde n'était déjà pas assez à supporter) (rrho, si on peut plus faire de blague !). Courbaturée de partout et le dos en vrac, on observe alors un homme nous doubler par la droite, les mains dans les poches et léger comme une plume... 
Evidemment, le marketing a ensuite su saisir cette opportunité pour en faire un accessoire de mode dont les femmes ne peuvent pas se passer (je sais, ma place au paradis est loin d'être assurée). 



Il ne s'agit pas du tout d'une liste exhaustive, mais simplement de quelques sujets que je souhaitais aborder plus particulièrement et qui démontrent à quel point les femmes peuvent encore se sentir étrangères à l'espace public.


Sinon, j'ai acheté plein de jolies jupes, robes et shorts pour cet été, donc si vous avez des phrases sympas pour me re-booster et éviter qu'elles restent dans mon armoire, je prends ! 

33 commentaires:

  1. Je comprends entièrement le caractère rassurant du collant/barrière, encore plus du jean ! J'ai la chance de n'avoir pas vécu de situation trop traumatisante, et je pense que ça joue beaucoup. Je ne circule pas trop dans des quartiers et à des heures où cela arrive beaucoup, ou en tout cas je ne me sens pas trop exposée, quelles qu'en soient les raisons (et c'est un privilège malheureusement à l'heure actuelle). Maintenant je ne m'épile même plus, je me met en robe, et je m'en fiche. Mais ça a été long ! Jusqu'au lycée je n'aurais jamais mis une robe ou une jupe pour aller au collège/lycée, et encore après c'était plutôt des shorts pour commencer. Tu peux éventuellement commencer par en mettre les week end, quand tu sors entre ami.es etc, dans des contextes où tu te sens à l'aise et protégée par cet effet de groupe... Pour essayer toutes tes jolies tenues ! (ah et je mets un sac à dos pour aller bosser maintenant, c'est moins joli mais ça libère les mains, et ça reste mieux pour le dos quand ça contient un ordi par exemple)

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    1. Hello Irène,
      Oh j'ai justement pas mal de shorts, je m'y sens beaucoup plus à l'aise qu'en robe en été, même si c'est loin d'être encore ça... Il faudrait effectivement que je commence par en porter, les weekends, c'est une bonne idée !
      Les sacs à dos, c'est pas mal aussi ! Mais mon gros problème, c'est que j'ai tellement l'habitude d'avoir les bras encombrés, que je ne sais pas quoi en faire lorsque je les ai libérés (j'ai vraiment un problème ahah) !

      Merci pour tes conseils, à très vite xx

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  2. J'avoue que je me charge pas mal aussi, j'ai souvent des sacs, tote bag, un livre au cas où, un agenda, éventuellement de quoi manger... et les mecs finissent par compter sur le fait qu'une des filles aura bien ça dans la journée d'ailleurs !

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    1. Je te comprends entièrement ! J'avais toujours un sac énorme, mais j'ai eu un coup de coeur pour un tout petit sac que j'ai trouvé en vide dressing, donc j'en ai profité pour me forcer à emporter moins de choses ! Au début, ça a été difficile, mais je m'y suis finalement faite ! Par contre, j'ai toujours le problème du livre qui n'entre pas dans mon sac, donc j'amène aussi un tote bag en plus (du coup, je me retrouve avec 2 sacs au lieu d'un, pas très logique, j'avoue...)

      A bientôt xx

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  3. Je ne connais pas trop l'harcèlement de rue. Il n'existait pas dans la petite ville belge dans laquelle j'ai grandi et il n'existe pas non plus à Budapest et à Prague, où j'ai vécu ces dernières années. Enfin si, parfois il vient pointer le bout de son nez, mais c'est vraiment très rare. Du coup ça me fait de la peine quand j'entends et je lis des histoires de filles qui, comme toi, y font face au quotidien. Ca me fait de la peine, et ça me choque aussi ! Je n'ai pas de conseil à te donner vu que je n'y suis pas confrontée, mais j'espère de tout cœur qu'un jour ça changera !
    Quant au cas du sac à main, honnêtement je ne suis pas convaincue (mais peut-être est-ce parce que je ne fais pas face au harcèlement ?), je trouve même ça très très tiré par les cheveux :). Je ne me considère pas comme une étrangère dans le monde extérieur et je pense que la raison pour laquelle nous avons un sac provient juste d'une mode qui a commencé bien avant notre naissance et qui a survécu au temps qui passe pour la simple et bonne raison qu'un sac à main, c'est quand même super pratique. Mon copain n'arrête pas de dire qu'il aimerait avoir un sac lui aussi, mais il ne saute pas le pas parce que les sacs pour hommes, c'est encore un peu comme un ovni. Et puis si on le remplit trop, on ne peut en vouloir qu'à nous-mêmes :) !

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    1. Hello Léonor,

      Merci pour ton avis sur le sac à main ! Je t'avoue que j'ai fait des raccourcis, mais l'idée exposée de ce passage du livre était d'essayer de comprendre les raisons sociologiques qui se cachaient derrière cette mode. Des raisons qui sont surtout inconscientes :).

      A bientôt xx

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  4. très interessant ton article. Dans lequel je retrouve bien mon quotidien. Je n'avais encore jamais bien réfléchi au cas du sac à main. Mais c'est vrai que j'emporte souvent des objets "au cas ou" parce que ça me rassure.
    Et surtout, je partage ton avis par rapport aux comportements de certains hommes.
    Pas plus tard qu'à midi, j'ai été suivie et accosté par mec "me demandant de voir mon soutien gorge" sous le seul prétexte que j'avais un petit décolleté ! J'en viens donc à me dire (comme toi), que je préfère garder des vêtements faisant barrière entre eux et ma peau !
    Affolant tout ça !

    A bientôt
    Marie

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    1. Hello Marie,
      Je n'ai jamais été confrontée à des remarques aussi frontales ! Je suis vraiment choquée que certains hommes osent s'adresser directement aux femmes de la sorte ! C'est vraiment affligeant !!

      Merci, à très vite xx

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  5. Hello !
    Je découvre ton blog pour la première fois et vient de lire également le récit de tes deux agressions. Tout d'abord, félicitations d'avoir oser témoigner de ton expérience. C'est courageux.
    Je n'ai jamais été victime d'agression, quelle qu'elle soit (car je n'en minimise aucune). Pourtant je fais plus attention depuis que je prends quotidiennement les transports en commun. Je privilégie les robes longues, ou juste au-dessus ou juste au-dessous du genou. Ce n'est pas vraiment pour éviter les agressions, bien que. Je trouve ça plus approprié pour aller travailler et plus hygiénique (ça évite d'avoir les fesses sur les sièges du métro).
    Parce que même si je m'adapte, je ne veux pas renoncer au bonheur de se sentir libre en robe et d'affirmer ma féminité.

    Bonne journée,
    Léa :)

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    1. Hello Léa,

      Merci pour ton petit mot ! J'ai malheureusement du mal à me trouver courageuse, car je témoigne de manière anonyme à travers un pseudo...
      J'envie cette sensation de liberté que tu arrives à ressentir en portant des robes ! Je ne l'ai pas ressentie depuis longtemps...

      Merci d'être passée, à très vite xx

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  6. De mon côté, je vis dans une ville plutôt calme ou les agressions sont... Si j'ose dire relativement rares. En tout cas au niveau harcèlement. Ca n'empêche que par habitude, tu calcules l'heure à laquelle tu rentres, tu évites de t'habiller sexy et surtout, tu baisses les yeux quand on t'aborde. C'est malheureux, et ça me rend malade de voir ça...

    ( J'avoue completement pour le kit de couture... J'en ai un aussi, on est jamais trop prudent... )

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    1. Hello Marie,
      Oui c'est effectivement malheureux d'être arrivée au point de devoir calculer des stratagèmes (réfléchir à sa tenue, si on doit rentrer seule ou non...) pour se sentir en sécurité...

      (ahaha non c'est pas vrai ?! Je pensais que ma mère était un specimen ahah).

      A bientôt xx

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  7. Dans ma ville il y a eu des marches exploratoires (j'en ai même fait un article si ça t'intéresse) et ça a aidé certaines femmes à avoir moins peur. Peut-être devrais-tu te renseigner pour voir si dans ta ville ça a aussi lieu ? Ou contacter France Médiation qui gère ça pour voir si c'est prévu ?

    Moi je ne m'habille pas court parce que j'aime pas ça (pas plus haut que le dessus du genou) et quand je reste de long c'est pas parce que j'ai peur : c'est parce que j'ai des poils et que j'attends qu'ils soient assez longs pour retourner chez l'esthéticienne x'D Mais même quand je porte des jupes longues j'ai des réflexions x'D D'ailleurs une fois j'ai halluciné... le mec (sans enlever son casque de moto dans mon souvenir), accompagné d'un autre, me dit "bonjour, vous êtes très jolie mademoiselle". C'était pas méchant, j'ai pas considéré ça comme une agression, mais ça m'a saoulée. Donc j'ai pas regardé, pas répondu. Et le mec il dit "ou madame, c'est pas grave" (ou l'inverse, d'abord madame et après mademoiselle, je sais plus). Donc le mec, en fait, il voyait pas le problème. Pour lui c'était juste qu'il m'avait pas appelé de la bonne manière, c'était pour ça que je répondais pas... franchement je me dis que j'aurais dû lui dire que c'était pas ça le problème... et que moi je me permettais pas de faire des réflexions sur sa tenue. Donc en fait je crois que y a beaucoup de mecs qui se rendent absolument pas compte que juste un "bonjour" ben des fois ça saoule et que "t'es jolie mademoiselle" c'est pas un compliment, ça fait chier, ça dérange quand on réfléchit. Mais du coup moi maintenant des fois des gens me disent bonjour (comme quand on croise des gens en randonnée, tu vois) et je sais pas si c'est un vrai bonjour ou un mec qui fait chier donc je réponds pas, mais des fois je m'en veux du coup parce que rétrospectivement, 2-3 secondes après je me dis que c'était peut-être un vrai bonjour x)

    Par contre le manspreading je pense que c'est abuser d'en parler... je veux dire... il y a des gestes que les filles font et d'autres que les garçons font. Par exemple les filles croisent plus les jambes que les garçons et les garçons par contre posent leur cheville sur le genou opposé, ce que les filles font moins (même si ma soeur le fait et que je le fais de temps en temps). Puis franchement pour prendre de la place dans le métro on peut aussi poser son sac à côté de soi... le mec tu lui dis pardon, tu t'assois et c'est tout... là je trouve que ça va trop loin...

    Pareil pour le sac à main, j'aurais plutôt une autre explication (mais qui se rapporte au genre). La femme c'est la mère de famille, qui doit donc penser à toutes les choses pour sa famille (et d'une manière globale pour elle et les autres), les femmes sont du côté du soin. Donc un porte-feuille, un porte-monnaie, et les clefs dans les poches ça suffit pas. Il faut le paquet de mouchoir pour le petit dernier qui a le nez qui coule, une bouteille d'eau pour faire boire tout le monde, etc. Mais aussi parce qu'à part les jean, et surtout l'été, beaucoup de vêtements féminins n'ont pas de poches !

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    1. Hello Melgane,

      Je ne connaissais pas ces marches, je vais me renseigner, merci !

      Je suis d'accord, on en vient à se sentir un peu parano parfois. On ne sait plus s'il s'agit de simple politesse/gentillesse ou d'un mec lourd.

      Concernant le manspreading, tu le dis toi-même : il y a des gestes que les hommes font et d'autres que les femmes font. Pour moi, c'est du social, ce n'est pas biologique. Cela vient donc de l'éducation différente entre les hommes et les femmes. Après, entre demander à quelqu'un de retirer son sac parce que tu veux t'asseoir (ce que tout le monde fait naturellement et que les gens feront souvent sans que l'on ait à demander puisqu'ils auront conscience que c'est problématique d'occuper une place avec son sac quand des gens veulent s'asseoir) et demander à un homme de serrer ses jambes pour te laisser la place, ce n'est pas tout à fait la même chose je trouve ! ! Le premier problème est conscient tandis que ce n'est pas le cas du deuxième à mon sens.

      Pour le sac à main, effectivement, cela s'explique aussi par la charge mentale que portent beaucoup de femmes qui ont une famille. Après dans le cas où il s'agit d'une femme et d'un homme qui n'ont pas d'enfant, on observera facilement que la femme aura amené beaucoup plus de choses que l'homme, pour anticiper tous ses besoins potentiels.


      A bientôt xx

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    2. Mon article est un peu vieux, mais tu devrais le trouver sans trop de difficultés s'il t'intéresse (si tu le trouves pas dis-moi et je te mets l'adresse !)

      C'est social oui et non. Parce que le langage des gestes existe, et lui il est naturel. Il me semble que les éléphants en ont un aussi : la manière dont ils brandissent leur trompe ou la pause sur leur défense signifie quelque chose. La manière dont un chat positionne sa queue ne veut pas dire la même chose. Un chien a aussi son langage du corps, etc. Et ça, par contre, ben c'est naturel ! Nous on croise les bras quand on refuse d'écouter ou au contraire quand on est intéressé, par exemple. Donc l'idée qu'il y ait naturellement des gestes de fille et des gestes de garçon ne me choque pas, en fait... j'avais même lu un article (à voir le sérieux, j'ai pas creusé plus que ça) qui disait qu'en fonction de la position que t'adopte pour t'endormir on peut dire des choses sur toi !
      Et pour le sac ben... c'est pas forcément conscient, de poser son sac à côté de soi ! Regarde bien dans le métro les gens assis : y'a pas 150 000 solutions. Tu as : 1) la personne qui s'assoie côté vitre avec son sac sur les genoux (donc ça la dérange pas que quelqu'un se mette à côté d'elle) ; 2) la personne qui s'assoie côté vitre avec son sac à côté d'elle (ça c'est le niveau 1 de "me dérange pas"), mais elle poussera son sac sans faire la moue, en principe ; 3) la personne qui s'assoie côté couloir avec son sac sur les genoux, ou qui s'est pas décalée après que la personne côté vitre soit descendue (ça c'est le niveau 2, elle va se décaler pour te laisser t'asseoir mais ça va demander un effort) ; 4) le dernier pallier, la personne qui va lever les yeux au ciel et soupirer, froncer les sourcils parce que franchement tu la saoules : c'est celle qui s'est assise côté couloir et a mis son sac côté vitre.
      Et tout ça ben c'est pas forcément conscient ! En fait ça dépend de ton état d'esprit ! Tu poses ton sac là, un peu machinalement, mais des fois t'es dans tes pensées, tu te dis pas "je veux voir personne". Tu vois ce que je veux dire ? Le sac à côté de soi c'est pas si conscient que ça !

      Parce que même sans enfants c'est souvent la femme qui s'occupe de gérer un tas de trucs, donc dans la rue elle garde cette habitude. Moi par exemple je me sens pas mal dans la rue, j'ai pas peur, même si y a des mecs qui me cassent les couilles. Mais j'ai un sac parce que tout dans les poches c'est chiant, ça pendouille, ça risque de tomber... en vrai dans mon sac j'ai beaucoup de petites conneries mais pas tant de choses que ça... je pars pas à la guerre, j'ai un sac parce que c'est un truc de fille x) plus sérieusement... j'ai un sac parce que mes parents me l'on offert un Noël, et que si je vais faire des petites courses, passe à la librairie, ben en fait pas avoir les bouquins dans les mains c'est quand même vachement pratique...

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    3. Après évidemment il y a aussi une partie d'apprentissage des gestes, par exemple une fille qui n'aurait que ou presque des amis garçons et qui donc emploierait le même langage corporel et ça de manière totalement inconsciente, mais la cause est à chercher un peu plus haut : si elle n'a que des amis garçons alors c'est peut-être que c'est son caractère, ses centres d'intérêts, etc. et donc en fait sa personnalité correspond plus aux "gestes de garçons" qu'aux "gestes de filles". Donc il y a bien sûr une dimension sociale acquise mais, nous sommes quand même des animaux (nous partageons plus de 98% de notre ADN avec les chimpanzés, les bonobos, et les gorilles, par exemple) et donc, comme les animaux, il y a aussi un langage corporel inné !

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    4. C’est intéressant ce que tu dis concernant le langage des gestes. Cependant dans tes exemples avec les animaux, je dirai que ce sont les sentiments qui s’expriment à travers le corps. C’est le cas chez les animaux comme chez les humains. J’avais également lu un article sur la signification de sa position pour dormir : ceux qui dormaient « en boule » avaient davantage besoin d’être rassurés ou quelque chose comme ça.
      Du coup, dans mon exemple avec le manspreading, c’est justement la même chose : le corps agit en réaction aux sentiments ressentis. Prendre de la place = se sentir légitime, s’affirmer. Or ici, les sentiments sont bien dictés par le social : on apprend davantage aux hommes à occuper de l’espace et à faire du bruit, quand on aura plus facilement tendance à réprimander une fille pour qu’elle soit moins turbulente, plus calme et plus douce. Un homme aura ainsi davantage tendance à prendre de la place (dans mon exemple : dans les transports en commun), quand une femme prendra la place qui reste et se fera petite.

      Concernant le sac, je trouve cela toujours différent de demander à quelqu'un de bouger son sac pour pouvoir s'asseoir vs demander à un homme de serrer ses jambes pour avoir davantage de place. Je ne sais pas toi, mais moi je demanderai sans aucun problème à quelqu'un de retirer son sac, mais je me vois beaucoup plus difficilement demander à un homme de serrer ses jambes. Les femmes ne sont pas nées avec une prédisposition à croiser les jambes. C'est du social.

      Concernant le sac, si c'est si pratique, pourquoi les hommes n'en portent pas ? C'est justement ça la question. Ils ne sentiront pas le besoin d'emporter avec eux autant de choses qu'une femme. Un homme aura davantage tendance à mettre toutes ses affaires dans sa poche et même si ça pendouille et que ça risque de tomber, ils vont tout de même le faire. C'est pas tellement le fait de sortir avec un sac ou non un sac, mais plutôt son contenu. Si les femmes portent des sacs parce que c'est la mode, rien ne les force à y mettre autant de choses. Elles pourraient se contenter d'un portefeuille, clés et portable (comme un homme pourrait le faire aujourd'hui), pourtant non, elles vont ajouter plein d'autres choses "au cas où".
      Après encore une fois, le marketing en a fait une tendance et une mode. Mais le port du sac à main par les femmes est beaucoup plus ancien ! A l'origine, j'imagine que ce n'était pas une simple mode.


      Je suis d'accord sur le fait qu'il y ait un langage corporel inné, mais je crois difficilement qu'il soit différent selon le sexe de la personne.

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    5. Oui, des sentiments, mais pas que ! L'intérêt n'est pas un sentiment par exemple, alors que l'on croise les bras quand on est intéressé, ou au contraire qu'on ne veut pas écouter la personne en face. Donc je dirais que c'est plus un état d'esprit qu'un sentiment.
      Je nuancerais en chipotant sur les mots : on n'apprend pas aux hommes à faire du bruit : on les réprimande moins quand ils en font. Mais ça ne change rien : il y a aussi des filles qui prennent des gestuelles de garçon et des garçons que l'on dit "efféminés". Et au final si je veux prendre de la place je peux le faire aussi, mais vient s'intégrer à ça en plus la question de respect ! Puis, dans les transports en commun on aime bien aussi être tranquille... les hommes n'ayant pas de sac à main à poser à côté d'eux, ben les possibilités pour prendre de la place sont limitées ;)

      C'est du social oui et non : le geste dit aussi quelque chose de l'état d'esprit, et ça c'est pas social, c'est inné. Quant à "demander" je peux concevoir que formuler la phrase soit compliqué ("excusez-moi monsieur, mais pouvez-vous serrer les genoux pour que je puisse m'asseoir", effectivement, c'est... coquasse !). Mais, tout comme une personne retirera normalement naturellement son sac quand elle te voit venir dans sa direction (confirmé par un petit "excusez-moi, merci"), un homme, si tu commences à faire mine de t'asseoir à côté de lui, changera de position ! Moi je veux bien qu'on dise "oui, ils prennent de la place, ils font chier" mais toi de ton côté affirme-toi ! Là du coup ça fait encore la fille toute sage qui attend bien sagement qu'on lui laisse la place... t'as le droit d'aller vers le mec et de t'asseoir, il va se pousser, en principe ! Faut arrêter aussi d'être toujours là à dire "oh lala ils font chier franchement, regarde, ils essayent de nous impressionner, ils prennent de la place" et de, effectivement, se laisser impressionner... Il s'agit pas de le menacer au couteau hein, mais de t'asseoir à côté de lui... Essaye ! A mon avis il se poussera !

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    6. Ben je connais des hommes (mon père et un collègue pour commencer) qui ont une sacoche pour emporter tout ce qui est papiers, clefs de voiture, carte de bus, etc. Y en a aussi qui ont des bananes... d'autres se contentent de leurs poches...
      Si je regarde ce qu'il y a dans mon sac, ben y a pas tant de choses (après, je suis du genre à laisser traîner les trucs pendant des mois parce que je sais pas où le mettre ailleurs ou que ça me dérange pas xD). Je mets donc une bouteille d'eau (je bois pas mon litre dans la journée, donc je suis obligée, c'est un rappel), mon téléphone, mon fidget cube, mon porte-feuille, porte monnaie, clefs. Jusque-là c'est la base (qui tiendrait pas dans mes poches vu que j'ai pas de poches). Et après c'est des papiers qui traînent bien là depuis un an xD Je dois avoir un carnet "au cas où" je dois prendre des notes (genre des adresses mail des personnes à qui envoyer les reportages, ou des notes des conférences de presses, etc.) et je le laisse-là parce que ça m'arrange, sinon je prends le risque d'oublier de l'emporter quand j'ai besoin. Je dois aussi avoir des serviettes de McDo propres que j'ai jamais jetées et que j'emporte à chaque fois pour pas les jeter, justement, comme elles ont pas servies. Et un hydratant à lèvres qui est là depuis un ou deux ans je dirais... que j'ai mis là l'hiver où j'en avais besoin. Et en gros ben... c'est tout ! Pas de mouchoir (j'ai les serviettes de McDo ;P), pas de trucs et de machins, de trousse de couture, de ceci ou de cela... mes papiers, de l'argent, mon téléphone, ma boîte à lunette de soleil (parce que des fois la lumière me fait des migraines donc pour le coup l'extérieur est hostile et j'en ai besoin même en plein mois de Décembre xD), mon casque (dans mon sac de boulot sinon) et puis voilà quoi... le nécessaire. Je pars pas à la guerre...

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    7. Et j'ajouterais aussi une chose c'est que, ce que je dis pour le manspreading sur le statut de victime ça marche aussi pour les vêtements courts : on se fait pas plus aborder quand on a des vêtements courts que quand on a des longs. Moi les seules fois où on m'a fait chier j'avais du long. Une New-Yorkaise a publié il y a quelques temps une vidéo : elle était en T-shirt noir sans décolleté et jean noir, elle a marché 10h dans New-York, elle a eu plein de réflexions. Donc... bon, je comprends aussi le sentiment de peur, et le fait qu'on puisse pas forcément le dépasser tout seul (les marches exploratoires peuvent aider, parler avec d'autres femmes peut aider, parler à un psy, marcher d'abord avec d'autres personnes quand on tente des tenues courtes, etc.) mais à un moment donné la solution elle vient pas des autres, elle vient de nous. Ça veut pas dire qu'il faut pas rouspéter derrière les mecs qui font chier, mais ça veut dire que faut aussi se foutre un coup de pied au cul et arrêter d'attendre que la solution elle vienne des autres... je sais que j'ai l'air très dure en disant ça, et pas féministe pour un sou, mais franchement... fin... mais je dis ça aussi pour moi, hein ! Les mecs qui me font chier, rien ne m'empêche de le leur dire au lieu de fermer ma gueule et d'aller raconter les anecdotes sur internet...!

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    8. L'intérêt est un sentiment à mon sens. C'est quelque chose que tu ressens, ou non à l'intérieur de toi et qui peut effectivement s'exprimer à travers ton corps.
      Il n'y a pas des "gestuelles de garçon" et des "gestuelles de filles", c'est tout ce qui se réfère au genre et donc au social !

      Evidemment que si tu veux prendre de la place, tu peux le faire. Mais là je parle d'un point de vue macro, on ne peut pas tout baser sur soi et sur ses actions personnelles.


      Concernant le manspreading, justement non, le concept a été popularisé avec des photos où on voyait clairement un homme qui prenait beaucoup de place avec à côté, une femme qui prenait le peu de place qui lui restait. Le problème c'est pas de s'affirmer et de dire "pousse-toi mec", c'est qu'ils le fassent et qu'ils ne réalisent pas que c'est problématique. C'est pas aux femmes de s'affirmer en demandant qu'ils se poussent, c'est aux hommes de prendre conscience que c'est gênant pour les autres et donc de prendre conscience qu'ils ne doivent pas le faire.


      Encore une fois concernant le sac, tu prends ton exemple à toi. Cela ne veut pas dire que c'est représentatif de toutes les femmes.

      Enfin bref, on tourne en rond ;)

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    9. J'ai demandé au CNRTL. Il ne dit pas que c'est un sentiment, il dit que c'est un état de l'esprit : "Disposition de l'esprit et du cœur.
      1. État d'attention de l'esprit, inspiré par quelque chose qu'il juge important, captivant, qui répond à sa curiosité, ses motivations [...]".

      Non, évidemment, mais en fait je voudrais sortir un peu de l'expérience personnelle justement pour aller sur le principe. Sur le principe ce n'est pas différent d'aller s'asseoir à côté de quelqu'un qui a mis son sac sur le siège d'à côté ou à côté de quelqu'un qui a mis sa poussette devant le siège d'à côté, ou à côté de quelqu'un qui écarte les jambes. Ca va faire chier la personne, elle va peut-être soupirer, mais elle va quand même s'écarter.
      Mais ils ne peuvent pas prendre conscience si tu ne lui dis pas sur-le-champ et si tu ne critique ça que sur les réseaux sociaux ! Internet c'est pas la vie ! les gens ils comprennent mieux si tu leurs dis "écoutez monsieur, vous prenez un peu de place, pourriez-vous pousser votre jambe, je ne me sens pas à l'aise". Avant d'être de grands méchants machos ce sont des êtres humains ! On peut aussi parler aux êtres humains autrement que par messages numériques interposés...

      Je ne dis pas que c'est représentatif de toutes les femmes...
      Je m'en sers pour dire que c'est pas parce qu'on emporte des trucs qu'on va à la guerre...

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    10. Bon écoute Melgane, merci pour ce débat et pour tes points de vue. Mais je garde les miens et toi les tiens.

      On va pas débattre pendant 150 ans non plus ;).

      Bon weekend.

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    11. Haha c'est souvent le cas dans les débats ! On ne fait pas changer les gens d'avis avec des mots, vu que les avis sont fondés sur des expériences ! Donc mon but, quand je discute, n'est jamais de faire changer l'autre d'avis ! C'est un but complètement vain ! D'ailleurs c'est pour ça que j'ai un peu réduit mon utilisation du mot "débat" pour lui préférer le mot "discussion" :) Mais désolée si tu t'es sentie agressée ou que tu as eu l'impression que je voulais te faire changer d'avis, ou quoi que ce soit du genre ! On peut parler avec passion sans que ça soit de l'énervement (mais la distinction est parfois difficile à l'écrit !).

      Passe un bon week-end aussi !

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    12. Oui, pas facile à l'écrit !

      A bientôt xx

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  8. Je comprends tout à fait le besoin d'avoir une "barrière" entre soi et les autres. Il m'a falllut des années pour oser reporter des jupes (merci puberté et tes complexes). Pour contrer, je mets des jupes longues (donc mollets mminimum) bien que parfois, j'ai l'impression de ne rien porter à cause de la sensation de vent que le mouvement donne au tissu ^^
    Si tu t'intéresse à la sociologie du sac - si on peut appeler la chose ainsi - le sociologue Jean-Claude Kaufmann s'est intéréssé aux sacs à main des femmes dans un ouvrage intitulé "Le sac : un petit monde d'amour". Il est plutôt intéressant à lire, bien que je ne me souvienne pas qu'il ait poussé ses réflexions dans le même sens que toi.
    Sinon, petite astuce si tu ne sens pas à l'aise avec les jambes à l'air, porte un gilet long qui tombe jusqu'aux genoux. Cela m'aide lorsque je me sens un peu trop à découvert. Un grand foulard que tu peux nouer à la taille (ou nouer pour faire un gilet ou se transformer en sac : par principe, les grands foulards sont polyvalents ;).
    Bref, ne doutes pas de ton courage et avance à ton rythme !

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    1. Hello !
      Oh merci pour la recommandation, je ne savais pas que Kaufmann avait écrit sur le sujet, j'en prends notes ;).
      Et merci également pour les petits conseils ! C'est vrai que le gilet long, c'est pas mal ! C'est vrai que je m'étais sentie beaucoup plus à l'aise lorsque j'ai commencé à porter des manteaux longs !

      A bientôt xx

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  9. Mets tes jupes dans une valise et viens en province. Je crois qu'à Paris vous allez toutes et tous péter les plombs à force.

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    1. Malheureusement, j'ai le sentiment que ces problèmes sont effectivement un peu plus fréquent à Paris + Banlieue Parisienne...
      Mais je prends l'invitation pour la province ;)

      A bientôt

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  10. Bonjour,
    habillez vous pour vous plaire.
    Pour ce que vous appelez regards déplacés, en tant qu'homme la barrière entre acceptable et déplacé est fine, mouvante (relative à l'age, au vécu de chacune). En tant que père il m'est difficile de la situer et de l'apprendre à mes fils. Je serais ravi de recueillir vos conseils sur ce point.
    Sinon sur le regard d'autrui j'ai eu l'occasion de me balader dans les mêmes espaces dans des tenues très différentes. En mise négligée (jogging basket pas rasé) la gent féminine s'écartait ostensiblement de ma trajectoire. En costume cravate, rasé de frais, curieusement j'ai surtout récolté des regards plaisants et des sourires avenants. Et croyez le ou pas certaines femmes ont aussi la drague très lourde.
    Bon courage à vous dans la jungle urbaine.
    Boris.

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    1. Bonjour Boris,
      Je pense effectivement que nous avons chacune nos propres "limites" entre l'acceptable et le déplacé. Je ne suis pas sure d'avoir des conseils à donner, mais je pense que le "feedback" de la femme est à prendre en compte : comment réagit-elle ? Semble-t-elle mal à l'aise... ?

      Merci d'avoir pris le temps de me lire et de laisser votre avis.

      A bientôt

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  11. Rôôôô, oui je regardais les femmes en jupe ou en robe mais juste pour la beauté de la silhouette que donne ce vêtement. j'ai eu des remarques, je me suis excusé, rien de pervers dans mon regard mais j'ai senti que ces femmes étaient tendues et sur la défensive.
    Depuis , je tourne hélas le regard.
    Il faudrait faire une manif "toutes en jupes" et traverser Paris avec un bon service d'ordre pour repousser les malveillants. C'est quand même dingue qu'on ne puisse plus s'habiller comme on veut.

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    1. Bonjour Alain,
      Je vous remercie d'avoir pris le temps de partager votre perception de la situation en tant qu'homme. Je pense qu'à force de recevoir des regards déplacés, de se faire aborder pas toujours très poliment et autre, beaucoup de femmes sont malheureusement sur la "défensive" effectivement. Mais c'est tout à votre honneur d'avoir su vous excuser et modifier votre comportement par la suite.

      Merci et à bientôt

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Merci pour vos petits mots !